Yoav Levanon, le pianiste israélien prodige et prodigieux

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Pour la première fois en France, le jeune Israélien de 16 ans, programmé au festival Piano aux Jacobins, à Toulouse, a fait forte impression.

On ne compte plus les jeunes pianistes qui ont fait leurs débuts en France grâce au festival Piano aux Jacobins, à Toulouse, dont la 41e édition, raccourcie pour cause de Covid-19, se tient cette année jusqu’au 23 septembre. Si ce n’est que Yoav Levanon est un très jeune, et déjà un grand pianiste. A 16 ans, l’Israélien est un météore. A tous points de vue. Pâle figure hoffmannienne, visage et cheveux longs, look pseudo-romantique avec chaîne et gilet, le jeune homme, qui vit à Tel-Aviv, évoque quelque avatar de Chopin. Mais c’est Mendelssohn et ses Variations sérieuses op. 54 qui ouvrent son audacieux programme interprété devant un parterre clairsemé pour cause de distanciation sanitaire.

Le jeune Israélien a commencé à jouer à l’âge de 3 ans. Il est monté sur scène un an plus tard, a remporté le Concours national de piano en Israël l’année suivante et fait ses débuts avec l’Orchestre de chambre d’Israël à 7 ans. Comme le Russe Evgeny Kissin, il n’a jamais subordonné sa carrière aux concours internationaux. En 2019, il est le plus jeune pianiste jamais présenté en récital au Verbier Festival. Sa carrière internationale vient à peine de commencer.

Dès l’énoncé du thème, on comprend que rien ne sera laissé au hasard. Levanon livre en effet une matière de sons presque informelle, comme sortie des limbes, pas encore tout à fait musique. Ce n’est qu’à la première variation que le thème se mettra à chanter. Fondé sur une main gauche exceptionnelle, le jeu est d’une densité incroyable. L’Israélien possède un piano foudroyant, des résonances dont la puissance dilatée s’élance en tournoyant sous la coupole étoilée du chœur comme s’il voulait se fondre dans un vertige diluvien, rejoindre quelque vibration cosmique. Plus qu’un Mendelssohn sérieux, c’est un Mendelssohn grave.

Sur une ligne de crête

Le jeune homme n’a d’ailleurs pas esquissé le moindre sourire, fût-ce du coin des yeux. Le visage imperturbable, le buste droit, la frêle silhouette aux longues mains fines démentent tout effort. Sa concentration est telle qu’on a presque peur de le déranger en applaudissant. Entre chaque morceau, ce pianiste sacrifie à de longs rituels qui ne font pas sourire le public non plus. Yoav Levanon essuie très minutieusement son visage, ses mains et phalanges, doigts à doigts, avec un grand mouchoir blanc qu’il replie méticuleusement avant de le poser sur le dessus du piano, qu’il reprend et repose, ainsi plusieurs fois. Rien de ces mouchoirs prestidigitateurs de musiciens s’épongeant furtivement le front, comme honteux de ce que la musique passe aussi par leur corps. Plutôt un démaquillage en règle ou une longue et capricieuse toilette de chat.

Le tabouret est également l’objet de multiples ajustements. Avant un long silence dans les starting-blocks. Assis de profil, Yoav Levanon ramasse ses forces vitales pour affronter la grande Fantaisie op. 17 de Schumann, qu’il emmènera tout de go sur une ligne de crête, ciselant les couleurs, sculptant les dynamiques, faisant bourdonner de grands essaims sonores au sein d’un récit épique d’aède. Ses doigts chantent parfois à la corde, comme un violoncelle.

Le concert se poursuivra avec Chopin et son court Prélude op. 45. Sens de la ligne, exquise maîtrise du rubato, avant la terrifiante Sonate en si mineur de Liszt, cet Himalaya des pianistes. Courbé sur le clavier, c’est en alchimiste penché sur sa cornue que Yoav Levanon délivrera les prémices de la dantesque gamme descendante dans les graves. La suite est un éblouissement, de tact et de fureur, de virtuosité et de griserie, d’une souveraine fluidité dans l’articulation, et plus encore d’une époustouflante science du récit.

Merci de ne pas avoir fait de la fugue une démonstration de contrepoint, de l’avoir préservée de l’habituel crescendo, de n’avoir pas habillé les parties récitatives de sentimentalité, d’avoir osé ces vertigineuses descentes d’octaves à la Horowitz. Chapeau bas. Merci aussi pour les trois bis. Le premier des Feuillets d’album op. 45 de Scriabine qui calme souverainement le jeu, l’Etude n° 10 op. 25 de Chopin, et surtout cette Campanella de Liszt d’une clarté et d’une prodigalité sonores incroyables, dont les entêtantes clochettes ont résonné longtemps dans la tiédeur du soir, gardant éveillés les étourneaux dans les arbres.

Concert disponible sur Francemusique.fr

Yoav Levanon à la Fondation Louis-Vuitton, Paris 16e. Le 11 décembre à 20 h 30. Tél. : 01-40-69-96-00. Fondationlouisvuitton.fr

Source lemonde

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