Gaspillage alimentaire : les dates de péremption en question

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Aurélie Audureau/Le Parisien/MaxPPP
Des chaînes de supermarchés britanniques ont décidé de supprimer sur certains produits l’équivalent de la mention « à consommer de préférence avant le ». En France, la mauvaise connaissance des différentes sortes de dates de péremption serait à l’origine de 20 % du gaspillage alimentaire des ménages.

De l’autre côté de la Manche, on s’embarrasse de moins en moins avec les dates. Comprenez les dates limites de consommation de certains aliments. La chaîne britannique de supermarchés Waitrose vient d’annoncer qu’elle n’allait plus afficher la mention « best before » (« meilleur avant ») sur environ 500 de ses produits à partir du mois de septembre, surtout des produits frais sous emballage comme des fruits ou des légumes.L’initiative « vise à réduire le volume de gaspillage alimentaire des ménages britanniques en invitant les clients à faire preuve de jugement » au moment de décider si un produit est encore consommable, a expliqué le groupe de distribution. Selon lui, les consommateurs jetteraient chaque année 4,5 millions de tonnes d’aliments comestibles à la poubelle en Grande-Bretagne.

Waitrose n’est pas le premier à s’affranchir de cette mention. Le groupe Tesco a également supprimé les dates de consommation recommandée sur une centaine de produits il y a plusieurs années, et plus récemment Marks and Spencer sur quelque 300 références… Pas question en revanche de toucher à la date limite de consommation caractérisée par la phrase « use by » (« consommer avant ») sur les produits périssables qui, utilisés après la date indiquée, présentent des risques pour la santé.

Un règlement européen

Ces initiatives sont observées en France avec attention par la start-up Too Good to Go, dont on pourrait traduire le nom par « Trop bon pour être jeté ». Elle a été créée en 2016 avec comme mission de lutter contre le gaspillage alimentaire. Le principe de son application est de mettre en relation des commerces, magasins ou restaurants qui ont des invendus avec des consommateurs qui pourront acheter ces produits à prix réduits. Mais l’entreprise se veut aussi fer de lance pour la sensibilisation des consommateurs et des acteurs de l’alimentaire, à commencer par les industriels et les distributeurs, sur la question du gaspillage.

« On estime qu’en France, les ménages sont à l’origine d’un tiers du gaspillage alimentaire total, indique Simon Foucault, responsable des relations institutionnelles de Too Good to Go. Et pour 20 %, ce gaspillage est généré par une mauvaise compréhension des différentes dates de consommation qu’un règlement européen oblige à mentionner sur les emballages. C’est d’ailleurs parce que la Grande-Bretagne est sortie de l’Union européenne qu’elle peut avancer sur le sujet. »

Selon le porte-parole de la start-up, plus d’un Français sur deux confondrait la date limite de consommation (DLC) qui s’accompagne de la mention « à consommer jusqu’au » avec la date de durabilité minimale (DDM). Cette dernière est précisée par la phrase « à consommer de préférence avant le ». La DLC s’applique à des denrées périssables d’un point de vue microbiologique, et donc susceptibles, après une période déterminée par l’industriel, de présenter un danger pour la santé humaine. Par exemple des poissons, des viandes fraîches, des charcuteries ou encore des plats cuisinés réfrigérés.

Observer, sentir, goûter

De son côté, la DDM est bien moins impérative. « On estime qu’après cette date, un produit peut éventuellement perdre une partie de ses qualités, par exemple le croustillant d’un biscuit ou un peu de goût pour d’autres articles, précise Simon Foucault. Mais sans aucun risque sanitaire. »Too Good to Go avait d’ailleurs réuni des dizaines d’acteurs du secteur alimentaire en 2020 pour mettre au point un « pacte » afin d’améliorer la compréhension de la date de durabilité minimale. « Aujourd’hui, plus de 60 acteurs de l’agroalimentaire se sont engagés à nos côtés et il y a environ 3 000 gammes de produits qui portent des pictogrammes indiquant plus clairement que si cette DDM est dépassée, il faut quand même observer, sentir et goûter un aliment non périssable avant de le jeter, dit le responsable de la start-up. Si l’odeur, l’apparence ou le goût n’ont pas changé, on peut les consommer. » Pas question bien sûr de consommer des produits qui présentent des moisissures ou à l’emballage altéré, par exemple des conserves déformées.

Attention cependant : une fois ouvert le paquet, il convient de suivre les prescriptions de conservation inscrites sur l’emballage. Si des produits secs peuvent être consommés après la DDM, même avec l’emballage ouvert, ce n’est pas le cas des autres aliments.Reste aussi à faire évoluer les habitudes des ménages. « Il n’est pas rare de voir des consommateurs chambouler un rayonnage pour prendre les produits qui sont derrière afin de choisir ceux dont la DDM est la plus lointaine », sourit un responsable d’une chaîne de supermarchés.

Le sel ou le vinaigre exemptés

Certains produits alimentaires échappent déjà à l’obligation d’afficher une date de durabilité minimale (DDM). Il s’agit notamment d’articles vendus non préemballés comme les fruits et légumes frais. C’est aussi le cas du sel de cuisine, des vinaigres ou des sucres à l’état solide. Pas de date non plus sur les vins et les boissons alcoolisées de plus de 10 degrés.De plus, les dates s’affichent différemment selon les produits. Pour ceux dont la durabilité est inférieure à trois mois, le jour et le mois sont indiqués. Pour ceux dont la durabilité se situe entre trois et dix-huit mois, ce sont les mois et l’année qui sont précisés. Et seulement l’année pour les aliments dont la durabilité est supérieure à dix-huit mois.

Source lacroix

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