Israël, tragédie de Meron : chronique d’un désastre annoncé

Abonnez-vous à la newsletter

En 2008, un rapport du contrôleur d’État de l’époque, Micha Lindenstrauss, a averti le gouvernement que la surpopulation et la mauvaise planification des événements de Lag BaOmer sur le mont Meron pourraient se terminer en catastrophe.

Le rapport de décembre 2008 spécifiait que la tombe du rabbin Shimon Bar Yochai du IIe siècle, où les juifs ultra-orthodoxes se rassemblent pour les festivités annuelles, avait été négligée pendant des années et que les structures construites autour d’elle pour accueillir les prières et les célébrations de toute la nuit étaient un risque pour la sécurité des centaines de milliers de fidèles.

« La sécurité incendie et les voies d’évacuation sont déficientes et après que les services d’urgence ont émis des avertissements pendant des années, aucune mesure n’a été prise par les institutions religieuses qui gèrent le site pour corriger les problèmes et assurer la sécurité publique« , indique le rapport. « Cette situation ne doit pas perdurer dans un complexe d’importance religieuse et nationale ». Dans ses conclusions, Lindenstrauss précisait que la négligence était un échec et que de nombreuses autorités différentes étaient impliquées dans la gestion d’événements tout au long de l’année sur ce site, pour préparer les célébrations de Lag BaOmer. Les désaccords entre les différentes autorités entravaient les réparations indispensables, concluait le rapport.

À la suite de ce rapport, le gouvernement a chargé en mars 2009 l’Autorité des sociétés gouvernementales du ministère des Finances de se pencher sur la formation d’un organisme chargé d’entretenir la tombe et les environs. Mais un second rapport de Lindestrauss en 2011 a déclaré que le gouvernement n’avait jamais donné suite à la maintenance du site si nécessaire. Seules des réparations mineures avaient été effectuées, selon le rapport de 2011. Ce rapport notait également que bien que les préparatifs en vue de Lag BaOmer se soient quelque peu améliorés, aucun organe officiel n’était chargé de la responsabilité des événements sur le site, à Lag BaOmer et le reste de l’année. Le médiateur a demandé au gouvernement de décider que le conseil régional ayant compétence sur le mont Meron devait entretenir le site – soit volontairement, soit par ordre du ministère de l’Intérieur.

En décembre 2013, le ministre des Finances de l’époque, Yair Lapid, a signé un arrêté supprimant l’autorité sur le site d’organisations privées et le plaçant entre les mains du ministère des Affaires religieuses. Sans aucun effet. La question de la sécurité publique sur le site a également été soulevée en 2017 par la commission des affaires intérieures et de l’environnement de la Knesset, alors dirigée par le député du Likud Dudi Amsalem. «Lorsque vous avez 300 000 personnes au même endroit, quelqu’un doit être responsable», a déclaré Amsalem. « Les gens y vont pour prier et un fonctionnaire doit être responsable. Nous avons des installations et un parking, mais tout est désorganisé. Il n’y a aucune obligation d’obtenir un permis pour organiser un événement et donc chacun fait simplement ce qu’il veut« .

L’état du site a de nouveau été soulevé lors d’une réunion de 2018 du même comité à laquelle seulement trois députés ont participé. Aryeh Deri, le chef du parti ultra-orthodoxe Shas, était responsable des sites religieux à l’époque et a mis en garde contre le danger de Meron pour la sécurité publique. « Nous avons un très grand feu de joie dans une très petite zone, et c’est extrêmement dangereux », a déclaré Deri. « Nous permettons à la foule d’occuper toute les zones environnantes pour regarder ce feu de joie et c’est très inquiétant. »

Mais rien n’a bougé. En 2019, près d’un demi-million de personnes ont fait le pèlerinage. En 2020, pour cause de pandémie, la fête a été annulée. Et cette année, les autorités sanitaires, restées prudentes, ont réclamé pour le site une jauge très précise de participants, pas plus de 10 000, sur le mode des restrictions s’appliquant aux événements sportifs et culturels. Elles n’ont pas été écoutées. L’ensemble des partis ultraorthodoxes appuyés par l’extrême droite ont fait pression sur le Premier ministre et son collègue de l’Intérieur, Arieh Dehi, pour ouvrir Meron à tout le monde, sans contrôles ni limitations d’aucune sorte. Benyamin Netanyahou et son fidèle ami, le ministre de la Sécurité intérieure, Amir Ohana, se sont empressés de dire oui à leurs alliés politiques. La très Likoud ministre des Transports, Miri Regev, a mis la main à la pâte en affrétant une flotte de 400 autobus ainsi que des trains spéciaux pour permettre à un grand nombre de pèlerins de faire le voyage. Résultat : 100 000 personnes ont fait le déplacement.

Trois ans plus tard, après tous ces terribles avertissements laissés lettre morte par le gouvernement, et après la catastrophe dramatique qui a coûté la vie la 45 personnes, et a fait plus de 150 blessés dont certains dans un état très grave, l’actuel contrôleur d’État Matanyahu Englman a promis de lancer une enquête. Peut-être que cette fois, la sécurité sur le site sera abordée et les Israéliens ne seront plus jamais soumis à une autre terrible tragédie.

Line Tubiana avec ynet

1 Comment

  1. Le gouvernement essaye de ne pas contredire les ultraorthodoxes pour conserver leur appui.Il s’en suit une relative autonomie de ces ultra et voici le triste résultat.Il en est de même pour la vaccination anti COVID et pour la limitación des assemblements massif.Il est temps de démontrer que nul n’est au dessus de la loi.

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*