Valérie Zenatti sous les feux des projecteurs

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Scénariste, notamment de la série « Possessions » sur Canal+, romancière et traductrice, Valérie Zenatti est sur tous les fronts cet automne.

Elle signe un livre jeunesse(1) à l’École des loisirs ; une série télé(2) coécrite avec Sachar Magen pour Canal+ et une nouvelle traduction d’Aharon Appelfeld(3) aux éditions de l’Olivier. Malgré le confinement, Valérie Zenatti connaît un mois de novembre bien chargé. Et, à dire vrai, l’hiver qui se profile ne devrait pas être tellement plus calme pour elle. Malgré la torpeur ambiante, la romancière, qui a fêté ses cinquante ans au printemps dernier (« un anniversaire confiné », plaisante-t-elle), semble déborder d’énergie.

Même si elle se dit « contemplative », son hyperactivité ne peut manquer de frapper. « Je donne peut-être le sentiment de faire beaucoup de choses à la fois. Mais, en réalité, je travaille lentement. Le temps de maturation de chacun de mes projets est assez long et c’est un hasard si toutes ces actualités se télescopent en ce moment », émet-elle. Il n’empêche. Valérie Zenatti semble être sur tous les fronts : de la littérature au cinéma, en passant par la télévision et même la musique.

De l’écrit à l’écran

Elle a achevé il y a quelques mois l’écriture du scénario de Cœurs vaillants, troisième long-métrage de Mona Achache, qui devrait sortir en salle début 2021. Si tout va bien. Cette histoire de six enfants juifs cachés pendant la Seconde Guerre mondiale au château de Chambord a été tournée cet été avec Camille Cottin et Swann Arlaud dans les premiers rôles. Elle confie, aujourd’hui, préparer son vingt et unième livre, qu’elle espère publier l’année prochaine. « Pour le moment, il s’écrit en moi. Je n’ai pas encore commencé à coucher quoi que ce soit sur le papier », précise-t-elle.

Pour couronner le tout, on la retrouve même dans les ouvrages des autres ! « On m’a appris que Robert Bober et Charles Juliet me citaient dans leurs derniers livres. Je n’ai pas encore eu le temps de les acheter et ne sais donc pas pourquoi j’y figure », s’amuse-t-elle. On pourrait ajouter qu’elle apparaît aussi dans le très remarqué premier roman de l’Italienne Marta Barone : Città sommersa (« La Ville engloutie », non encore traduit en français).

De Nice au cœur du Néguev

Rien ne semblait pourtant prédestiner Valérie Zenatti à ce destin littéraire. Née à Nice au début des années 1970, la future romancière voit sa vie bouleversée à ses 13 ans, lorsque ses parents décident d’émigrer en Israël. La famille s’implante dans la petite ville de Beer-Sheva, aux portes du désert du Néguev. « Une cité sauvage qui me donnait le sentiment d’être aux confins de la civilisation. Bien loin du glamour de Tel-Aviv, de l’aura de Jérusalem ou du caractère industrieux de Haïfa », se rappelle la romancière. Ce décor fantomatique sera d’ailleurs la toile de fond de la série Possessions, actuellement diffusée et disponible sur Canal+.

Le père de Valérie, originaire d’Algérie, était agent SNCF en France. « Comme il n’y avait pas de chemins de fer en Israël, à l’époque, il a dû changer de métier. Il a d’abord travaillé pour une entreprise de nettoyage, car il ne maîtrisait pas totalement l’hébreu. Il a tout recommencé à zéro et a réussi, par la suite, à intégrer une usine spécialisée dans l’aéronautique », confie sa fille. Sa mère, née en Tunisie, est alors caissière avant de prendre du galon, au fil des années, dans une chaîne de drugstores.

« Mes parents m’ont transmis des valeurs solides. À commencer par un rapport au travail qui m’a aidée à me construire », confie Valérie Zenatti. De cette adolescence, la future romancière tirera un optimisme inoxydable et un féroce appétit de vivre. « Ce qui me frappe chez elle, c’est son côté solaire. Valérie est toujours tournée vers la lumière. C’est ce qui rend son amitié si précieuse », confie le violoniste Éric Slabiak, fondateur du groupe Joseph, Joseph, mais aussi des Yeux noirs.

Trouver sa voie

Après des études d’histoire et de sciences politiques à l’université hébraïque de Jérusalem, Valérie Zenatti intègre l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco), plus connu sous le nom de « Langues O’ », à Paris. Un cursus qu’elle poursuivra jusqu’à l’agrégation d’hébreu.

Elle devient journaliste de radio, part à 24 ans en Yougoslavie en pleine guerre. « Je voulais voir une situation dont je parlais tous les jours à l’antenne sans parvenir à l’envisager », dit-elle. Ce moment coïncide avec une visite du camp d’Auschwitz, en compagnie de Simone Veil. « Deux voyages très marquants. » Un tournant dans son existence. Cinq ans plus tard, elle fait paraître son premier livre : Une addition, des complications, à l’École des loisirs.

Histoires de guerre

Valérie Zenatti n’arrêtera plus d’écrire. « Lorsque j’avais seize ans, j’avais établi une liste de rêves que je souhaitais réaliser. Le premier d’entre eux était de publier un roman avant mes trente ans », lâche-t-elle en riant. Combien de ces objectifs a-t-elle atteints ? La dernière fois qu’elle a fait le compte, elle croit bien qu’elle en était à la moitié.

La guerre occupe une place centrale dans son écriture. Qu’il s’agisse de la littérature jeunesse (En retard pour la guerreQuand j’étais soldate, Une bouteille dans la mer de Gaza) ou pour adulte (Jacob, Jacob, paru en 2014, raconte la vie et la mort de son oncle Jabob Melki, de Constantine aux plages du Débarquement en Provence).

La fréquentation d’Aharon Appelfeld, dont elle devient la traductrice à partir de 2004, s’avère déterminante. « Sous son influence, j’ai commencé à accorder plus d’importance aux silences. J’ai aussi réalisé que je ne choisissais pas les livres que je traduisais, mais que c’étaient eux qui m’appelaient pour que je leur prête ma voix », dit-elle. Ce travail sur une autre écriture que la sienne, Valérie Zenatti le poursuit en prêtant sa plume à l’adaptation en français des textes de la poétesse Michal Govrin, mais aussi du romancier (devenu ministre) Yaïr Lapid.

Musique

Comme si écriture et musique étaient indissociables, le violon occupe une place centrale dans sa vie. « Je me suis remise à jouer il y a cinq ans, au moment des attentats. J’en fais aujourd’hui six heures par jour et c’est quelque chose de vital pour moi. » Cet instrument était au cœur du scénario que la romancière a écrit pour Rachid Hami : La Mélodie (repéré à la Mostra de Venise en 2017). Une adaptation du Professeur de violon de Sergio Machado, dans lequel la pratique de la musique redonne le goût de la vie au personnage d’Arnold. Une intrigue qui semble aujourd’hui déborder de la fiction.

Dans l’appartement proche de la Bastille où elle habite avec ses deux grands enfants résonnent ainsi des morceaux de Haendel et de Bach. Parmi les multiples projets de la romancière figurent plusieurs spectacles musicaux coécrits avec le violoniste Éric Slabiak. Ils espèrent tous deux une levée rapide du confinement pour pouvoir les créer en fin d’année avec le guitariste Frank Anastasio et le comédien Laurent Natrella.

(1) Marilou et le grand incendie, illustrations de Colette Natrella, l’École des loisirs, 89 pages, 8 €.

(2) Possessions, série en six épisodes, réalisée par Thomas Vincent, coécrite avec Sachar Magen, distribution : Nadia Tereszkiewicz, Reda Kateb, Ariane Ascaride, Judith Chemla, Aloïse Sauvage et Tchéky Karyo (Haut et Court, Quiddity Productions).

(3) Mon père et ma mère, éditions de l’Olivier, 304 pages, 22 €.

 Baudouin Eschapasse

Source lepoint

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