Le néonazi Gabriel Sohier-Chaput coupable d’avoir fomenté la haine contre les Juifs

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Dans un jugement coup de poing, le juge Manlio Del Negro a déclaré Gabriel Sohier-Chaput coupable d’avoir « volontairement fomenté la haine à l’égard des personnes de foi juive », au palais de justice de Montréal.

Une partie de l’audience présente dans la salle de cour a applaudi cette décision. Le juge a d’abord ordonné que l’homme soit placé en détention, estimant qu’il représentait un danger imminent pour la société et pouvait se réfugier partout dans le monde, derrière n’importe quel clavier, et répandre son idéologie haineuse de façon anonyme.

Il s’est par la suite ravisé après la pause dîner, le procureur de la Couronne, Me Patrick Lafrenière, ne demandant pas son incarcération immédiate, étant donné l’absence d’antécédents judiciaires et le fait qu’il a jusqu’à maintenant respecté ses conditions.

Gabriel Sohier-Chaput a entre-temps changé d’avocat. Il est désormais représenté par Me Antonio Cabral. En attendant sa sentence prévue le 11 mai, l’accusé n’est pas autorisé à utiliser un ordinateur et Internet, sauf pour le travail.

Rien d’ironique, dit la cour

La preuve principale de ce procès est un article de Gabriel Sohier-Chaput, aussi connu sous le nom de Zeiger, publié en janvier 2017 sur le site The Daily Stormer, le portail d’extrême droite le plus populaire au monde. Le texte traitait d’affiches antisémites placardées dans un abribus de la Colombie-Britannique. Du nazisme partout, sans arrêt, jusqu’à ce que les rues soient inondées par les larmes de nos ennemis, écrivait alors l’homme de 36 ans.

Zeiger était le deuxième contributeur le plus prolifique de la plateforme. Il a soutenu en cour que les références au nazisme dans ses écrits n’étaient que des hyperboles, de l’humour, de l’ironie. Depuis 2016, il a rédigé plus de 800 articles pour le compte de la publication ouvertement raciste, homophobe, misogyne et transphobe.

Les nazis, des gens qui veulent l’extermination des Juifs, c’est une création d’Hollywood, avait-il témoigné, le 22 mars 2022. Ça n’a pas de base réelle. Je n’en ai jamais rencontré. C’est une fantaisie sombre. L’Holocauste, c’est le mal suprême, c’est la vache sacrée. Si on veut abattre la rectitude politique, on doit toucher à l’antisémitisme. On ne devrait rien cacher sur la base de réactions émotionnelles. Tout devrait être discuté ouvertement.

Le juge Del Negro n’a pas cru son témoignage. Le Tribunal estime que les explications fournies sont spécieuses, insincères, opportunistes, trompeuses, farfelues, invraisemblables, dissimulatrices de la vérité et bricolées pour dissimuler l’intention véritable de l’accusé, peut-on lire dans le jugement de 72 pages.

Il ajoute qu’il n’y a rien d’ironique dans le fait que plusieurs personnes juives et autres ont été exterminées. Bien au contraire, il s’agit de l’un des événements les plus tristes de l’histoire de l’humanité où un peuple a été persécuté et exterminé pour entre autres, leur appartenance religieuse.

Un article, deux auteurs?

Gabriel Sohier-Chaput avait aussi plaidé qu’il n’était l’auteur que de la première partie de l’article de janvier 2017 mis en cause. L’homme aux petites lunettes et aux cheveux attachés en chignon avait avancé que c’était plutôt le propriétaire du Daily Stormer, la figure américaine bien connue de l’extrême droite Andrew Anglin. À nouveau, le juge n’a pas cru la version de l’accusé.

Il considère que l’ensemble de la preuve ne laisse aucun doute dans l’esprit du Tribunal quant au fait que c’est Gabriel Sohier-Chaput qui a écrit la deuxième partie de l’article. La décision souligne aussi le fait que l’accusé avait l’intention d’inoculer les lecteurs avec ce que le Tribunal identifie figurativement comme « le virus de la haine ».

Il est clair comme de l’eau de roche que Gabriel Sohier-Chaput était conscient que ses écrits inciteraient à la détestation des Juifs. Les images qu’il décrit dans la première partie de son texte sont vives et explicites et visent particulièrement les Juifs d’un ton hargneux tout en prônant la violence du nazisme.

Du révisionnisme au tribunal

Le 8 juillet dernier, le procès de M. Sohier-Chaput avait pris une tournure particulière alors que la défense se lançait dans un débat sur les liens entre le nazisme et l’Holocauste. L’avocate de la défense, Me Hélène Poussard avait plaidé qu’il est possible d’être nazi sans être d’accord avec l’extermination des Juifs.

On joue avec les mots, avait-elle lancé. Selon le dictionnaire, le nazisme, c’est du national-socialisme. C’était une idéologie. Ça ne faisait pas partie du plan initial d’exterminer les Juifs. Et est-ce vraiment 6 millions de victimes? Je pense que si des gens sont morts dans des camps de concentration, c’était pour économiser de l’argent.

Je vous conseille d’arrêter : ce que vous dites n’est pas raisonnable, était intervenu le juge Del Negro, avant de demander qu’un débat sur la question de la connaissance judiciaire ait lieu lors de la prochaine séance.

Dans sa décision, le juge écrit que certains commentaires formulés par l’avocate de la défense n’ont pas leur place dans une cour de justice et que la défense s’efforce à déformer des faits historiques et tente de réécrire l’histoire.

Il souligne que le lien entre l’Holocauste et les nazis est un fait historique et généralement admis au point de ne pas être l’objet de débats entre personnes raisonnables. Le juge Del Negro conclut en mentionnant que les victimes de l’Holocauste méritent d’être laissées en paix.

Même 77 ans après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, qu’on persiste encore aujourd’hui à banaliser le rôle qu’a joué le nazisme envers les Juifs lors de l’Holocauste et de continuer à vouloir s’acharner sur eux est profondément choquant.

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