Quand les médecins racontent les violences qu’ils subissent

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Le dernier rapport de l’Ordre des médecins recense 1009 incidents au cours de l’année 2021. Des docteurs témoignent et nous font part des agressions qu’ils ont subies.

Lorsqu’on appelle le docteur Éric Weinberg, le répondeur délivre un message déroutant. « Bonjour, suite à une agression, le cabinet devient entièrement sur rendez-vous matin et après-midi ». Depuis le 4 juillet, le généraliste de 56 ans n’ouvre plus la porte aux patients qu’il ne connaît pas. Les habitués, les familles en qui il a confiance, bien sûr, les autres, il s’en méfie.

Ce jour-là, vers 12h30, de retour d’une course, il trouve deux jeunes plantés devant l’entrée de son cabinet de Créteil (Val-de-Marne). Il les invite à rentrer quand soudain, dans la salle d’attente vide, l’un lui saute à la gorge. « Il m’a étranglé et je suis tombé dans les pommes », nous raconte-t-il. Inconscient cinq à six minutes, le docteur finit par entendre : « On se casse, c’est de la merde. » Les voleurs viennent de comprendre que la montre au poignet de leur victime n’a aucune valeur.

Jamais en vingt-cinq ans d’exercice dans cette cité sensible de Créteil, où il est connu et respecté, le généraliste n’avait été agressé. « D’ailleurs, tient-il à préciser, ce ne sont pas des jeunes du quartier. » Sur les conseils d’une amie psy, il reprendra le travail le lendemain, malgré un mal de cou d’une semaine et deux nuits sans sommeil. De cette attaque, il garde « un sentiment d’impuissance totale » et l’impression amère que sa profession n’est plus respectée.

« Je ne suis pas un distributeur d’ordonnance »

En 2021, 1 009 incidents ont été recensés par l’Ordre des médecins qui vient de publier les résultats annuels de son observatoire de la sécurité en France. Si les chiffres fluctuent ces dernières années, le nombre de ces déclarations n’était que de 638 en 2003. Agressions physiques, verbales, menaces de mort, dégradation de matériels… Tout augmente. Le profil des victimes ? Plus souvent des femmes à 53 % et des médecins généralistes (61 %) , puis des cardiologues, psychiatres, ophtalmologues, dans leur cabinet en centre-ville (51 %), en banlieue (22 %) et en milieu rural (21 %). Ces violences sont totalement sous-estimées, les remontées des hôpitaux quasi nulles et seules 32 % des victimes portent plainte.

À peine les chiffres étaient-ils publiés, ce mardi, qu’une heure plus tard un message du docteur Jean-Jacques Fraslin illustrait cette triste réalité. « Je viens d’être menacé au cabinet par le mari d’une dame », écrit alors sur Twitter ce médecin de 60 ans de la banlieue nantaise. Le matin même, au téléphone, un couple non-vacciné lui réclame une prescription de tests PCR pour éviter de les payer, que le docteur refuse. « Je ne suis pas leur médecin traitant, je ne les connais pas, je ne suis pas un distributeur d’ordonnance », justifie-t-il.

Dans la foulée, l’époux débarque dans son cabinet, vociférant des noms d’oiseaux. Quand le soignant lui répond qu’il va appeler les gendarmes, l’autre lui rétorque qu’il s’en fout, il a déjà fait deux ans de prison. « Depuis le Covid, on doit faire face à beaucoup d’antivax, se désole-t-il. Globalement, on est submergé par des gens agressifs qui nous réclament un médicament ou un arrêt de travail alors qu’on ne les a jamais vus. »

« Je vais te péter le nez, je vais te tuer, je reviendrai »

Comment réagissent les médecins ? « Plein de collègues ne répondent plus au téléphone quand ils sont seuls au cabinet », regrette Jean-Jacques-Fraslin. À l’hôpital, les victimes se mettent quelques semaines en retrait par mesure de sécurité. C’est ce qui est arrivé au médecin Sylvain Hirsch, aux urgences de Saint-Louis, à Paris. En 2020, un patient, souffrant de maux de ventre sans gravité, n’a pas supporté de ne pas être pris en charge immédiatement. « Je vais te péter le nez, je vais te tuer, je reviendrai », l’a-t-il menacé avant d’être menotté et emmené en garde à vue.

La blouse blanche a porté plainte, l’hôpital s’est constitué partie civile, mais durant un mois, il s’est mis en retrait, ne s’occupant plus que des urgences vitales, à distance de la salle d’attente, au cas où son agresseur reviendrait. « Dans ce genre de situation, on se fait oublier ».

38 000 messages d’insultes en une journée

Certains, trop habitués à cette violence, ne sont même plus touchés par ces attaques, comme Jérôme Marty, devenu la cible des antivax, pour ses positions claires en faveur de l’antidote. Le déchaînement de haine était tel qu’il a dû vivre un mois et demi sous la protection d’un garde du corps. Après un passage télé, que ce soit sur le vaccin ou la canicule, le médiatique médecin de Fronton (Haute-Garonne) se retrouve parfois en tête des tendances sur Twitter. Son record d’insultes ? 38 000 messages en une journée ! « Collabo », « nazi », « infâme sal… ».

Le 24 juillet, le docteur répond à ses détracteurs : « Dire que je ressens de la rage serait bien en dessous de la réalité. Mon père pupille de la nation a perdu son père, arrêté par la division Das Reich, torturé et massacré par la Gestapo ». Il le sait, le débat sur la généralisation de la quatrième dose, à l’automne, suscitera, à nouveau, l’acharnement de ses détracteurs. Le président de l’Union française pour une médecine libre (UFML-syndicat) compte, à nouveau, demander au ministère la création d’un circuit juridique spécifique, à la manière d’un référé, pour qu’un agresseur soit rapidement jugé et que le docteur puisse faire « son deuil ».

D’autres, au contraire, décident de se barricader, d’activer alarme et vidéo comme le docteur Anne (le prénom a été changé). En 2020, une patiente, mécontente de son traitement, se met à hurler dans son cabinet et à balancer le tensiomètre à mercure qui s’éclate et se répand au sol. « Lorsque ça nous arrive, on se sent dévalorisée, on se dit : Qu’est-ce que j’ai fait ? Pourquoi elle m’insulte ? Est-ce que je suis fautive ? »

Depuis, la médecin, qui exerce seule dans son cabinet de Moselle, a mis un visiophone à l’entrée. « Si je ne connais pas le patient, je ne lui ouvre pas et je lui dis par la fenêtre de contacter le secrétariat. » Sous son bureau, un bouton d’urgence a été installé. « S’il y a un problème, je le déclenche, on m’appelle, je donne un code d’urgence, si je délivre le mauvais, cela veut dire que je suis en danger et l’on m’envoie aussitôt de l’aide. Depuis que je l’ai, je me sens plus rassurée. »

Source leparisien

1 Comment

  1. De quel ordre parle-t-on ? L’ordre belge, français ou quoi ?
    Les mille neuf incidents sont comptabilisés de quand à quand ?
    Quelles statistiques pour les femmes et les hommes médecins ?
    Cessez de faire peur et donnez les détails qui donnent du sens à ces informations.
    Nathan-le-Toqué (ceci est un hommage, pas une moquerie) de Bruxelles.

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