Israël a du gaz à vendre à l’Europe

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L’Etat hébreu va disposer de quoi compenser 13% des importations de Russie menacées d’embargo : l’Europe en voudra-t-elle, ou préférera-t-elle continuer à honnir Israël?

A 10 km de la plage, la plateforme gazière du Léviathan défigure le paysage, mais elle symbolise aussi l’importance de la manne gazière pour Israël. La découverte de gaz naturel dans les eaux israéliennes débute en 1999. Elle va constituer une vraie révolution pour l’Etat hébreu, ou plutôt deux : l’une énergétique, l’autre géopolitique.

Le Léviathan, découvert par Noble Energy en 2010, a un potentiel de l’ordre de 600 BCM (billion cubic meters, ou milliards de mètres cubes) et reste, à ce jour, le plus grand gisement de gaz naturel offshore jamais découvert en Israël. Exploité par la société américaine Chevron et deux sociétés israéliennes NewMed Energy et Ratio Petroleum, sa production a commencé en 2019. En fait, Noble Energy, rachetée par Chevron en 2020, a découvert la quasi-totalité des gisements de gaz offshore israélien.

En une vingtaine d’années, Israël est devenu non seulement autosuffisant pour sa consommation énergétique, mais aussi exportateur. Ainsi, la production du Léviathan se répartit pour un tiers à la consommation intérieure, un tiers à l’Egypte et un tiers à la Jordanie. Pendant plus de 50 ans, Israël, était totalement dépendant sur le plan énergétique, produisant son électricité à partir de charbon (80%) et de pétrole (20%) importés. Aujourd’hui, elle provient à 70% de son gaz, 10% d’énergies renouvelables et 20% de charbon importé, destiné à disparaître d’ici à 2025. Ce gaz permet aussi de faire fonctionner les usines de dessalinisation, qui consomment 10% de l’électricité du pays puis d’échanger de l’eau contre de l’énergie solaire avec la Jordanie.

Une diversification

Le gaz naturel est donc devenu un levier géostratégique pour Israël, mais aussi pour l’Egypte «qui a fait preuve d’un vrai leadership», souligne Yossi Abou, patron de New Med Energy. «Elle a décidé d’être le centre énergétique de la région en aidant ceux qui ont un projet de développement à atteindre le marché local et le marché mondial en passant par ses deux stations de gaz liquéfiés (GNL) à Damiette et Idkou.» Et c’est notamment par là, que le gaz israélien, mais aussi chypriote pourrait être acheminé demain vers l’Europe et remplacer une partie du gaz russe qui représente environ 150 milliards de mètres cubes par an. Sur 1000 milliards de mètres cubes de réserve identifiée, Israël pourrait en exporter 500, dont environ la moitié pour la région et l’autre moitié pour l’Europe.

«On ne peut pas remplacer le gaz russe, mais nous pouvons participer à la diversification de l’approvisionnement de l’Europe en gaz naturel via les installations de GNL égyptiennes existantes ou en construisant notre propre GNL. Après tout, il reste un gros potentiel, 25% seulement de notre zone économique exclusive ont été explorés.» New Med Energy estime que d’ici 2 à 4 ans, ses gisements offshore d’Israël et de Chypre pourraient livrer de l’ordre de 20 milliards de mètres cubes par an à l’Europe, soit 13% du volume du gaz russe actuel. Et l’Egypte est aussi en mesure d’augmenter sa production grâce au gisement Zhor, le plus important de Méditerranée orientale à ce jour (850 milliards de mètres cubes).

Conflits régionaux

Le sujet est débattu à Bruxelles, mais aussi au sein du Forum du gaz de la Méditerranée orientale, créé en 2019, qui réunit Israël, Egypte, Jordanie, Autorité palestinienne, Chypre, Grèce, Italie et France. Deux absents notables: la Turquie et le Liban. La première rêve de rejoindre ce club mais pour Michael Harari, ancien ambassadeur d’Israël à Chypre, «c’est impossible» en raison des profonds différends qui opposent Ankara à la Grèce et à Chypre notamment sur la délimitation des frontières maritimes.

«En revanche, il est possible de donner l’impression à la Turquie qu’elle est de nouveau partie intégrante de la région», précise-t-il. Impatiente, cette dernière a lancé une opération séduction en direction de l’Etat hébreu. Celui-ci pourrait décider de se raccorder au gazoduc turc existant, qui alimente déjà l’Europe. Cette solution coûterait 1,5 milliard de dollars, soit quatre fois moins que le projet EastMed qui devait relier la Méditerranée orientale à la Grèce et à l’Italie et qui a fait long feu.

Quant au Liban, en état de guerre avec Israël, il revendique notamment le gisement de Karish, désormais exploité par la société israélienne Energean, qui doit relier le gisement au réseau israélien d’ici quelques semaines. Son directeur, Shaul Tsemah, est serein: «Le gaz est une bénédiction pour nous tous, c’est une source de coopération pas de conflit.» Cependant, ces dernières années, Israël a doublé le budget de la marine afin de protéger ses gisements.

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