Coronavirus : des assesseurs positifs au Covid-19 après les municipales

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Le premier tour des élections municipales a mobilisé plusieurs centaines de milliers de personnes dans toute la France pour organiser le scrutin, alors que l’épidémie se propageait déjà.

« Si c’était à refaire, je ne le ferai pas ce scrutin… » Au bout du fil, anxieuse, la maire d’un village de la Meuse raconte avoir appris qu’un des assesseurs du premier tour des municipales a attrapé le Covid-19. Partout en France, des bénévoles ayant tenu des bureaux de vote ou participé au dépouillement ont été diagnostiqués positifs au coronavirus, quelques jours après le scrutin. S’il est très difficile de savoir s’ils ont été contaminés le jour du vote, beaucoup sont en colère contre le gouvernement pour avoir maintenu le scrutin, et tous craignent d’avoir pu transmettre la maladie à des électeurs.

« Rétrospectivement, les conditions du vote étaient dangereuses »

« Deux jours après le premier tour, un des assesseurs m’a appelée pour me dire qu’il avait été testé et qu’il avait le Covid-19 ». La maire sans étiquette d’un village meusien d’une centaine d’habitants, qui souhaite rester anonyme, raconte à 20 Minutes un scrutin hors normes : « On avait pris des précautions, en désinfectant les poignées de portes et en respectant les distances entre nous et avec les votants. On avait aussi enlevé le rideau de l’isoloir. Mais l’Etat ne nous a fourni ni gel hydroalcoolique, ni masques, ni gants. Et quand on dépouille, on est forcément proches… Donc on était tous hyperstressés quand on a su que ce jeune homme avait le virus. Heureusement qu’il n’était au bureau de vote que pendant la pause déjeuner, puis le soir pour dépouiller ».

L’édile s’astreint depuis à un confinement très strict et surveille ses éventuels symptômes, comme les autres assesseurs, qu’elle a prévenus. « Rétrospectivement, je me dis que les conditions du vote étaient dangereuses. Ça paraît totalement aberrant d’avoir dit aux maires d’organiser ce premier tour et d’avoir annoncé le confinement dans la foulée ». Au lendemain du vote, qui a mobilisé des centaines de milliers de bénévoles dans tout le pays, Emmanuel Macron a en effet présenté des mesures visant à restreindre les déplacements. Il a aussi décrété le report du second tour.

Des assesseurs inquiets, et en colère

A Paris, le président d’un bureau de vote situé dans le 17e arrondissement a annoncé ce mardi être porteur du virus. « Pourquoi nous a-t-on fait voter ?? Combien de présidents de bureau dans mon cas ?? Quel responsable nous a fait foncer tête baissée vers le virus ??», s’interroge sur Twitter Paul Hatte, colistier du maire sortant Geoffroy Boulard (Les Républicains).

Sur ce réseau social, les tweets d’assesseurs inquiets sont nombreux. « Moi aussi j’ai été secrétaire d’un bureau de vote… et je compte les jours pour être sûre de ne pas avoir été contaminée. Je ne comprends pas pourquoi les élections ont été maintenues… Ils nous ont mis en danger », s’inquiète la Niçoise Anne-Christel Cook.

Des mairies alertent les électeurs

Aux quatre coins du pays, des maires alertent les électeurs de leur commune après des cas de Covid-19 déclarés chez des assesseurs. Cinq jours après le vote, le 20 mars, la mairie de Billom, dans le Puy-de-Dôme, a publié un message sur Facebook pour annoncer l’hospitalisation d’une bénévole et appeler les électeurs à la vigilance. « Si vous vous êtes rendu à l’école Guyot-Dessaigne en fin d’après-midi ou en mairie en fin de journée dimanche dernier, prévenez les personnes avec qui vous-même avez été contact, de façon à ce qu’elles appliquent les recommandations sanitaires ». Et il rajoute : L’idéal aurait été d’annuler ce premier tour. Mais nous étions en fin de campagne et nous avions hâte que cela se termine, y compris moi.

A Montmagny, dans le Val-d’Oise, pas moins de trois cas se sont déclarés chez des assesseurs. La municipalité a aussi utilisé les réseaux sociaux pour alerter les électeurs et les inviter à « vérifier régulièrement leur température ».

À Mitry-Mory (Seine-et-Marne), l’un des assesseurs est à l’hôpital dans un état inquiétant, atteint par le Covid-19, explique un candidat dans cette commune de Seine-et-Marne.

Des suspicions de contamination le jour du scrutin ont également été signalées par les élus et candidats en Seine-Saint-Denis, à Versailles, dans le Val d’Oise (Franconville) ou le XVIIe arrondissement de Paris.

Dans le bureau, il n’y avait pas un mètre entre chaque assesseur, on était les uns contre les autres, confie Ronan Arveuf, candidat et assesseur du bureau N° 7 à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) où une quinzaine de personnes se sont relayées toute la journée, et la ville comptait une trentaine de bureaux de vote.

« Une hécatombe parmi les militants »

En Seine-Saint-Denis, c’est une hécatombe parmi les militants qui ont fait campagne et il n’y a pas de raison que ce ne soit pas le cas ailleurs, résume le député LFI Éric Coquerel. Comme il n’y a pas de tests, c’est compliqué de recenser précisément les cas, mais beaucoup de gens sont testés positifs et certains ont des symptômes, assure-t-il. Sur la liste qu’il soutenait, une dizaine de personnes sont, selon lui, concernées.

Selon Ronan Arveuf, au moins une quinzaine de personnes qui ont fait campagne à Saint-Ouen ont eu des symptômes ou sont tombées malades.

La plupart des candidats n’ont suspendu leur campagne que quelques jours avant le premier tour pour respecter les mesures de précaution.

À Marseille, plusieurs membres de l’équipe de Martine Vassal, dont la candidate LR elle-même, mais aussi le candidat LREM Yvon Berland ont été testés positifs, comme le maire sortant de Nice, Christian Estrosi.

Sources 20minutes et ouest-france

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