Alfred Nakache, le “nageur d’Auschwitz”, entre le 17 mai au « Hall of Fame »

Le nageur toulousain, enterré à Sète, avait été déporté à Auschwitz où il a perdu sa femme et sa fille. Le 17 mai 2019, il sera inscrit au « Hall of Fame » de la natation mondiale à Fort Lauderdale en Floride.

Un moment historique de la natation mondiale. Pour un homme au destin unique. Alfred Nakache, surnommé « Artem », entre le 18 mai, comme « pionnier » de la natation au Hall of Fame en Floride.

Déporté, il perd sa femme et sa fille à Auschwitz

Né à Constantine en 1915, en Algérie alors française, Alfred Nakache arrive à Paris en 1933. Deux ans plus tard, il décroche ses premiers titres de champion de France de natation. Mais en 1941, il est révoqué de son poste de professeur de sport. C’est à Toulouse que la famille s’installe et aux Dauphins du TOEC que le nageur s’inscrit.


En 1943, la famille est arrêtée et déportée à Auschwitz. Son épouse et sa fille y meurent. Alfred Nakache est transféré à Buchenwald, dont il sera libéré en 1945. De retour à Toulouse, il reprend la natation et décroche à nouveau un palmarès impressionnant.

L’as de la brasse papillon

Avec sa technique bien à lui, Alfred Nakache pulvérise les records et écrase la concurrence. 15 titres de champion de France, 9 records de France, 3 records d’Europe, plusieurs records du monde individuels ou en relais… Il a aussi participé à deux olympiades, à 12 ans d’écart : à Berlin en 1933 et à Londres en 1948.

A Toulouse (où le plus grand bassin de la ville porte son nom), Alfred Nakache trouve dans la natation une forme de résilience après le drame qu’il a vécu en déportation.

Il a remporté le titre de champion de France du relais 4 x 200 m nage libre sans discontinuer de 1944 à 1952 : pour son dernier titre, il était alors âgé de 37 ans.

Le 9ème Français au hall of fame de la natation mondiale

En devenant, le 18 mai 2019, l’un des pionniers de la natation mondiale à Fort Lauderdale en Floride, le nom d’Alfred Nakache va cotoyer tous ceux qui ont fait progresser ce sport.
Il n’est pourtant que le 9ème Français a entrer ainsi dans ce Panthéon de la natation. Avant lui, un autre nageur toulousain, Alex Jany, a intégré ce cercle restreint.

Mort en nageant

Alfred Nakache s’était retiré aux bords de la Méditerranée. C’est là, chez lui, à Cerbère dans les Pyrénées-Orientales, qu’il est mort, le 4 août 1983, en nageant. Victime d’un malaise en mer, le colosse âgé alors de 67 ans ne pourra être réanimer.

Nakache a été inhumé au cimetière Le Py à Sète, dans l’Hérault. Sur sa pierre tombale, son nom figure près de ceux de sa femme et de sa fille qui ne sont jamais revenues d’Auschwitz.

Ginette Jany : «Il était comme un frère aîné !»

Avant d’être 8 fois championne de France dans les années 50 et de participer quatre fois aux Jeux Olympiques, Ginette Jany-Sendral avait nagé, petite fille, dans la vague d’Alfred Nakache au Toec…

Vous souvenez-vous de l’arrivée d’Alfred Nakache à Toulouse ?

En 1941, j’étais une petite nageuse de 9 ans et je voyais arriver le champion qui avait battu l’Allemagne en relais aux Jeux Olympiques de Berlin ! Et c’était le plus gentil et le plus souriant des hommes. A la maison, où il venait comme tous les nageurs du club, puisqu’on habitait à l’entrée de la piscine (Jules Jany, père d’Alex et Ginette, futurs champions, était le maître-nageur), il m’aidait à faire les devoirs. Artem, tout le monde l’appelait Artem, était presque un frère aîné, mes parents l’adoraient. Comme nageur, il n’avait pas le style de nage des Dauphins du Toec, ample et souple, lui nageait en force.

Il se croyait en sécurité à Toulouse ?

Il y a bien des gens qui voulaient le faire passer en Espagne, mais il disait qu’il ne risquait rien. Les nageurs étaient solidaires : ils ont refusé de nager aux championnats de France qui se disputaient à Toulouse en 1943 parce qu’en tant que juif il était interdit de compétition. Et il a été arrêté quelques mois plus tard avec sa femme et Annie, leur fille de deux ans, qu’un ami avait essayé en vain de sauver… Ils ont été déportés tous les trois. Plus tard, on a appris qu’il était mort, ça a été un choc terrible et une plaque a été posée à la piscine en sa mémoire..

Mais il est revenu des camps…

Oui, et alors là, quelle émotion ! il est arrivé à la piscine, je me souviens qu’il avait la tête bandée, il a vu la plaque à son nom, il ne disait rien. Sa femme et sa fille avaient été tuées, il n’en a jamais parlé et il a repris l’entraînement. Il venait le dimanche à la maison, je l’entends encore dire à ma mère «Cathy, j’ai porté des côtelettes !».

Que représente-t-il pour le club ?

Il y a toujours eu des champions aux Dauphins du Toec, à l’époque il y avait mon frère Alex Jany, et Jean Boiteux, mais Artem reste un exemple. Il a retrouvé le haut niveau, il a rencontré Marie, il s’est remis dans la vie, il a retrouvé son poste de prof de sports, puis il a ouvert une salle de gym à Toulouse, il massait les joueurs du TFC…

Nagez-vous encore «à Nakache» ?

A 87 ans, c’est plus facile pour moi d’aller à Blagnac.

Sources france3-regions et ladepeche

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