Des trésors juifs tunisiens exposés au Musée de Tel Aviv

Le musée historique et archéologique de Tel-Aviv tient actuellement une exposition intitulée «Partir et ne plus revenir», qui porte sur l’immigration en Israël des juifs originaires de pays arabes.

Parmi les objets exposés, figurent en bonne place le piano de Habiba Msika et de magnifiques médailles, qui racontent l’histoire de la communauté juive tunisienne.

Le piano de Habiba Msika.

Comment est-ce que ce piano, décoré d’une paire de simples bougeoirs en étain, a-t-il pu faire ce voyage de Tunis à Tel-Aviv pour atterrir dans cette exposition, qui durera jusqu’au 31 juillet prochain ? C’est le quotidien « Haaretz » qui donne la réponse à cette question: le voyage de ce piano a commencé il y a près de 70 ans.


La chanteuse, danseuse et comédienne tunisienne Habiba Msika – qui était nièce d’une autre chanteuse tunisienne, Leila Sfez – est née à Testour en 1903. Elle décède à Tunis le 21 février 1930, à l’âge de 27 ans, alors qu’elle était au sommet de sa gloire et qu’elle avait conquis la scène internationale, en donnant des concerts à Paris, Berlin, Nice et Monte-Carlo.

Expliquant la brillante carrière de Habiba Msika, le professeur Yaron Tsur, expert en histoire des juifs du monde musulman, a déclaré : «il y avait à l’époque d’autres chanteurs qui possédaient de meilleures qualités vocales et qui étaient plus beaux qu’elle, mais le secret de la réussite de Habiba Msika tenait à sa personnalité exceptionnelle et à sa capacité inégalable de générer un lien intense avec son public.»

Le parcours de cette personnalité exceptionnelle qu’était Habiba Msika comprenait également son féminisme affirmé et ses nombreuses aventures amoureuses, inhabituelles pour le début du 20e siècle.

D’ailleurs, c’est une de ces idylles qui lui a coûté la vie. En 1930, peu avant son mariage avec un jeune Français non-juif, elle est assassinée par un juif qui était amoureux d’elle et dont elle a repoussé les avances : l’assassin a mis le feu à la maison de Habiba Msika et s’est donné la mort… La chanteuse, bien qu’ayant été secourue par une voisine, n’a eu droit qu’à une seule journée de survie…

La famille Msika a invité la sauveteuse, Rachel Tubiana, et lui a proposé de choisir un souvenir des objets laissés par la star tunisienne. Rachel Tubiana a choisi le piano. Et c’est ainsi qu’en 1952, lorsque la famille Tubiana a quitté la Tunisie pour Israël, le piano de Habiba Msika a lui aussi été du voyage.

La commissaire de l’exposition, Dana Avrish, est née en 1979 et est une descendante de troisième génération de Juifs iraniens, libanais et syriens. Elle connaissait ce piano depuis ses visites à ses amis Yoel et Rinat Shetrog, qui vivent dans la communauté de Lapid, à peu près à mi-chemin entre Tel Aviv et Jérusalem. Yoel, photographe professionnel, est le petit-fils de Rachel Tubiana.

Dana Avrish et les Shetrogs écoutaient les chansons de Corinne Allal, la chanteuse israélienne née en 1955 et arrivée de Tunisie à l’âge de 8 ans. Les filles Shetrog jouaient de ce vieux piano dans leur salon. Récemment, lorsque Dana Avrish a effectué les recherches pour la nouvelle exposition, la famille a accepté de le prêter.

Les médailles de Yehoshua Shetrog

La famille Shetrog a fourni à l’exposition un autre élément qui éclaire l’histoire de la communauté juive de Tunisie: des médailles remportées par le grand-père Yehoshua Shetrog pour son célèbre arak aux figues. Yehoshua Shetrog était un mohel, un shohet et un rabbin. Yehuda Meir Getz, le rabbin du Kotel décédé en 1995, faisait partie de ses élèves.

Yehoshua Shetrog était également vigneron et propriétaire d’un café où son arak était servi. Les médailles montrent qu’il a remporté des compétitions à Milan, Barcelone, Paris et Londres. En 1956, il immigra en Israël avec sa famille.

Triomphe et tragédie

Le piano et les médailles témoignent de la prospérité et de l’éclat communauté juive de Tunisie, pays qui a acquis son indépendance en 1956. L’exposition raconte également l‘autre face de l’histoire des Juifs qui vivaient depuis des milliers d’années dans les pays arabes et en Iran – la persécution, les pogroms et l’antisémitisme qui ont atteint leur apogée lors de la création d’Israël, en 1948, et ont entraîné l’exode d’environ un million de ces Juifs, les Mizrahim.

« En plus de leurs racines profondes et de leur attachement aux cultures des pays islamiques dans lesquels ils vivaient, les Juifs de génération en génération, en particulier à l’époque moderne, ont également connu des épreuves qui les ont déracinés de chez eux et en ont souvent fait de réfugiés« , raconte Dana Avrish. Elle explique que leur aliyah en Israël était un départ douloureux qui résonne encore aujourd’hui.

Line Tubiana

Adapté de Haaretz

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