
Les membres du collectif Nous vivrons, cibles de menaces et d’intimidations, ont dû rester à l’écart de plusieurs marches lors de la Journée internationale des droits des femmes.
Le 8 mars dernier, vous ne nous avez pas vues, vous ne nous avez pas entendues. Nous, c’est la bande de 1 200 juives – selon la police – qui est restée parquée pendant plus de trois heures rue Meslay, à 10 mètres de vous toutes qui commenciez à danser place de la République.
Vous n’avez même pas pu nous apercevoir parce qu’une dizaine de fourgons et des rangées de CRS nous séparaient du reste de la foule. Pour autant, vous saviez que nous étions là. Soit parce que l’on se connaît de courte ou de longue date, soit parce que vous aviez pris connaissance, voire relayer les appels à nous évincer publiés sur les réseaux, soit parce que l’on vous avait distribué des petits papiers indiquant que tant que les « fascistes » étaient là, la marche ne démarrerait pas. Parfois les trois.
Double peine et double haine
En cette Journée internationale des droits des femmes, des femmes (et des hommes violents) ont voulu interdire à d’autres femmes de prendre part au combat, aussi bien à Paris qu’à Marseille et Bordeaux. Nous étions présentes pour dénoncer la double peine et la double haine dont les femmes juives sont victimes alors que nous faisons face à une explosion sans précédent des actes antisémites.
Parce que nous, les « sales putes sionistes », on est discriminées en tant que femmes et en tant que juives. Notre lutte ne compte pas plus que les autres mais elle ne compte pas moins. C’est d’ailleurs ça la convergence des luttes. Mais vous avez voulu en décider autrement, soit en étant à la manœuvre, soit en détournant le regard.
Vous toutes, vous tous, qui n’avez ni dénoncé la marginalisation des femmes juives samedi dernier ni condamné le harcèlement, les menaces et autres intimidations dont nous avons fait l’objet à chaque marche féministe, vous êtes a minima toutes et tous complices d’antisémitisme.
Des hommes cagoulés ont voulu nous tabasser
Nous ne partagerions pas toutes vos idées, c’est ce qui expliquerait notre éviction. Est-ce le cas entre chacune de vos organisations ? Nos différences sont notre richesse. Qu’est-ce qui justifierait alors que l’on soit si infréquentables ? Juives, sionistes, féministes et universalistes, c’est ainsi que nous nous revendiquons. Et c’est pour ces motifs – surtout les deux premiers – que notre cortège a démarré trois heures après les vôtres, en veillant à maintenir un cordon sanitaire de 300 mètres avec les autres participantes.
C’est parce que nous sommes des femmes juives et sionistes que des barricades ont été hissées sur notre chemin, que des feux ont éclaté, que des gaz lacrymogènes ont été diffusés, que des hommes cagoulés ont voulu nous tabasser, que d’autres hommes avaient prévu de nous jeter des œufs depuis des balcons, que des femmes ont crié : « Sionistes, fascistes, c’est vous les terroristes. »
Mais tout ça, vous ne l’avez pas vu puisque vous vous êtes élancées boulevard Voltaire, en laissant derrière vous d’autres femmes menacées juste pour ce qu’elles sont. Pas pour ce qu’elles font ou ce qu’elles disent mais pour ce qu’elles sont.
Tout ça, vous ne l’avez pas vu puisque vous faisiez la fête place de la Nation ou ailleurs pendant que nous étions encore bloquées devant le Bataclan. Il était 19 heures quand nous nous sommes dispersées pour des raisons de sécurité avec les consignes suivantes : laissez les pancartes et les banderoles, cachez tous vos signes distinctifs et suivez l’escorte de police jusqu’au métro.
Juives, sionistes et féministes
Ce n’était pas aux forces de l’ordre de nous protéger. C’était à vous. Par sororité, par dignité et par humanité. C’était à vous de vous opposer aux antisémites en venant nous chercher. C’était à vous de nous encadrer, c’était à vous de repousser les menaces.
Pas spécifiquement pour notre association mais au nom du combat pour les droits de toutes les femmes. Mais, parce que nous aussi on sait utiliser le « mais », vous avez préféré détourner le regard et danser. Vous avez fait le choix de ne pas résister. Vous avez cautionné cette tartufferie en gonflant les rangs d’une marche de la honte qui a voulu mettre les juives aux bancs de la République. Vous êtes toutes et tous a minima complices d’antisémitisme.
Samedi dernier, la République a comme toujours gagné. Elle nous a protégées, elle nous a soutenues, elle ne nous a pas abandonnées. Quand on dit que le meilleur rempart à l’antisémitisme, c’est la République, nous sommes bien inspirées. Ce n’est ni sur les féministes ni sur les antiracistes proclamés que nous avons pu compter pour marcher. Mais on a marché fières et fortes, on a fait entendre notre voix, on a défendu nos droits.
Juives, sionistes et féministes, que cela vous plaise ou non. Nous aussi, on dansera encore.
Post-scriptum : le sionisme est un mouvement de libération plaidant en faveur de l’autodétermination du peuple juif, droit reconnu par les manifestantes pour tous les peuples sauf le nôtre. Personne ne nous assignera à prendre position sur le conflit israélo-palestinien ou la politique du gouvernement israélien. Fantasmer une prise de position des juifs français sur ces sujets est une essentialisation antisémite. À Marseille et Bordeaux aussi, nos militantes ont été harcelées et protégées par la police pour repousser les menaces.
Nous vivrons